_1.____

_1.____
____

Tu es seul ce soir.

Première fois depuis si longtemps. Tu en avais oublié la sensation de ce vide autour de toi. Tu avais perdu le goût amer de cette solitude qui te laisse là dans un silence pesant.
Tu regardes autour de toi, il n'y a rien, plus rien. Seulement des murs blancs, trop blancs, comme la couleur de ta peau devenue cadavérique.
Tu as tout perdu. Tu t'es aperçu que les gens à qui tu tenais, n'étaient avec toi que par intérêt. Les personnes qui t'aimaient, sont parties, lasses de ton indifférence constante. Tu leur as fait mal, leur amour pour toi les as perdu et te voilà abandonné.
Tu ouvres les yeux petit à petit.
Comprend-tu ce qui t'arrives ? Te laissera-t-on une la chance de te rattraper ?

Ce soir, tu t'endors à force de fatigue.
Bill, que serais-tu devenu si ce jour-là n'était pas arrivé ? Aurais-tu adopté cette attitude remplie de dédain et d'orgueil ? Ton sourire préfabriqué puerait-il autant l'hypocrisie ?
Aurais-tu le souvenir que la vie que tu mènes est loin d'être celle des gens qui t'entourent ?

Ainsi, ce soir, Bill, Tu t'es endormi les yeux cernés de ces larmes qui n'ont cessé de couler ;
Ce soir, Bill, l'esprit tourmenté par des pensées emmêlées,
écoute l'Histoire qui aurait pu dû être la tienne.


# Posté le mercredi 21 novembre 2007 12:24
Modifié le mercredi 21 novembre 2007 14:41

_2.____

_2.____
____

Le soleil transperce les volets de son éclat et vient se poser délicatement sur tes paupières encore alourdies par le sommeil. Celui-ci te quitte peu à peu, et une délicieuse odeur de pain chaud t'oblige à te lever. Les rires qui semblent venir de la cuisine te poussent à t'y rendre plus rapidement. Le sourire aux lèvres, elle t'accueille d'un tendre baiser, toi le fils qu'elle chéris.
Tu n'es pas le seul, bien sûr, non, tu as un frère... Les mêmes yeux, le même grain de peau, le même sang, la même âme... Lui, c'est toi, et toi c'est lui. Lui sans toi n'est rien et vice-versa.

*

Il est déjà onze heures, dans trois heures, ton père viendra vous chercher. Il vous emmènera à Paris, c'est les vacances, il vous a promis. Depuis des mois, tu en rêves, cette ville où tout brille la nuit, où les vitrines des magasins t'appellent à la déraison, toi le petit homme des champs, qui fantasme sur les pavés des plus grandes avenues.
Ton Sac est déjà fait depuis trois jours, tu as tout prévu. Ton appareil photo est prêt, tu as même acheté un petit carnet dans lequel tu écriras au jour le jour tes plus beaux souvenirs. Tu y colleras certainement les quelques tickets ou prospectus que tu trouveras. C'est sûr, ce voyage devra resté à jamais gravé dans ta mémoire.

*

Seulement voilà maintenant le sixième coup. La bruyante horloge indique dix-huit heures, toujours rien. Les appels incessants que tu adresses à ton père restent sans réponse. Tes yeux deviennent secs à force d'un trop plein de larmes. A côté de toi, il frôle de ses longs doigts les cordes, l'instrument raisonne alors dans un bruit sourd.

Arrête d'espérer, Petit il ne viendra plus.

*

Tu le hais. Evidemment. Ce père qui te promet monts et merveilles. Il était grand et fort ce père qui te faisait viser la lune. Les rêves peuvent se réaliser, Bill, tu sais. Seulement il est rare que cela arrive. Peut-être qu'il suffit juste d'y croire et que les autres n'y croient pas assez. Mais Toi, Bill, tu peux y arriver.
Un jour, c'est sûr, tu iras à Paris.



# Posté le mercredi 21 novembre 2007 12:45
Modifié le jeudi 22 novembre 2007 05:05

_3.____

_3.____
____


Pour te faire oublier, cette nuit, tu as ouvert le poste de télévision. Tu regardes d'un air désintéressé, tu n'as pas le c½ur à cela. Tu revois tout ce que tu avais imaginé.
Paris au réveil, Paris sous la pluie, Paris au soleil, Paris en pleine nuit.
Tu entends un tapotement, la porte s'ouvre. Elle entre et colle à ton oreille le combiné. Tu l'écoutes, lui et ses mensonges les plus aberrants, lui et ses excuses insensées, et Patati et Patata.

*

Ton second souffle entre dans la pièce. Il va mal. Il ressent les mêmes battements précipités qu'émet ton c½ur. Il s'assoit à côté de toi. Tu as reposé le combiné. Vous êtes là dans ce silence pénible. Vous la regardez d'un air qui ne peut être que douloureux pour Elle.

« Dis Maman, Pourquoi ? »


*

Tu n'as pas précisé le fond de ta question. Et pourtant, Elle sait. Elle te répond, droit dans le fond de tes yeux sévères. Elle ferme les siens, une larme file le long de cette ride cachée que tu aimes tant.
« Sans Lui, tu ne serais pas là, mon fils. Ni toi, ni ton frère. Sans lui, je n'aurai aucune raison de continuer ce bout de chemin qu'est la vie. L'amour mon fils, il n'y a que ça de vrai. Je l'ai aimé de toute mon âme, de toutes mes forces. Mais la passion s'est éteinte, épuisée à force d'un trop plein. L'amour, c'est ce qui te tient en vie, c'est ce qui te nourris au jour le jour. Mais à force de trop compter dessus, il se perd. Cet amour est mort pour continuer à vivre. J'en suis venue à haïr celui qui était mon essence. L'amour charnel n'est qu'illusion, il n'est pas fait pour duré. On donne trop pour un sentiment empreint d'éphémère.
Aujourd'hui, j'ai effacé la haine que j'ai ressenti pour votre père. On s'est déchiré, mais on a tout les deux pardonné. Aujourd'hui, je ressens envers lui de la gratitude pour tout ce qu'il m'apporte. Et ce, chaque matin, lorsque je vois, dans vos yeux, l'innocence de vos jours heureux. »

*

Plus rien. Plus aucun bruit. Pendant de longues minutes, vous restez là, tous les Trois. Tu as compris le message qu'elle vient de te faire passer. Les gens s'aiment, mais les gens s'aiment mal, les gens s'aiment trop. Maintenant, tu sais que ceux qui se haïssent, sont en fait des amoureux blessés, accidentés par un sentiment dangereux.
Ce soir Bill, N'oublie pas de soigner les gens qui t'aiment, de leur donner en retour ce qu'il mérite. Ne hais pas les gens avant de les avoir aimer.

L'amour, Bill, Il n'y a que ça de vrai.


*
# Posté le mercredi 21 novembre 2007 14:56
Modifié le samedi 24 novembre 2007 08:31

_4.____

_4.____
____


Tu te souviens de ce jour où pour la première fois, tu es entré dans cette boutique; un disquaire t'avait-on dit. Tu te souviens de ce qu'Elle t'avait fait écouter. Tu l'as su dès cet instant: c'est autour de cela que désormais, ta vie tournerait... La musique. Des si et des la, qui de suite, t'entrainaient dans un autre monde, différent du tien. Un monde où sur toutes les lèvres se dessinent un sourire, où dans chaque regard s'éveille un désir de revanche. Ce jour-là, quand tu es rentré chez toi, tu as dérobé quelques feuilles et un crayon, pour y laisser courrir tes premières rimes. Dès lors, la musique ne t'a plus jamais quitté.

*

Tes vacances ont ainsi passé. Lui & Toi, Vous avez décidé de faire vivre votre passion, pour Elle, pour Eux, pour Vous. La vie est dure, mais la musique enchante ton monde. Enfant de nul part, tu rêves comme tant d'autres de strass et de paillettes. Il a un certain talent pour trouver les accords. Tu le sais, ta moitié est douée. Depuis qu'on lui a mis cet instrument entre les mains, il écrit chaque jour du bouts des doigts de nouvelles histoires. Les cordes font résonner un bruit à chaque instant de résurrection. Ta voix s'entremèle à ses sons mélodieux. A deux, vous ne faites encore plus qu'un.

*


Tu as des rêves d'enfants, aujourd'hui, à deux pas de l'adolescence. Tes désirs tendent à se réaliser. Tu as la rage d'un petit homme qui combat pour survivre. Ce monde autour de toi ne te plait pas. Il ne plait à personne. Tu as choisis de résister. La déception, les regrets, et l'amertume ne te font feront plus peur. La musique, en son sein nourricier, t'aidera tu le sais. La bataille sera longue et rude. Qu'importe, il te suffira de profiter de chaque seconde, telle sera maintenant ta devise.


*

Un jour, Tu as entendu dire que la roue tournait toujours. Bill, cette roue tournera-t-elle pour toi? Tournera-t-elle au bon moment et dans le bon sens?
Bill, à l'aube d'un avenir tourmenté, ne t'en préoccupe pas. tu auras bien le temps d'en souffrir.
Alors, Bill, en ces derniers instants d'innocence, ce qu'il te reste à faire, c'est de profiter de chaque seconde.

Le temps passe à toute vitesse, Bill, le temps passe alors retiens-le.

# Posté le vendredi 23 novembre 2007 03:17
Modifié le mardi 27 novembre 2007 04:06

_5.____

_5.____
____

Ce matin, tu as rendez-vous avec tes amis. Tu as monté ce qu'on appelle un groupe avec ton frère et deux autres garçons. Tu les as rencontré voila maintenant, quelques années. Vous deux étiez en train de jouer devant un petit public. Au fond de la salle, il y avait ce petit blond, qui vous scrutait. Il ne bougeait pas, le regard fixé sur vous. Il aurait dû vous inquieter et pourtant non. Des ondes étranges faisaient passer une sorte de courant intense.

*

A la fin, il est venu vous voir. Toujours silencieux, il sortit deux baguettes de son manteau, et sur la table commença à tambouriner. Le même air, la même mélodie, il avait recrée la même ambiance que lors de votre représentation, en quelques battements. Impressionnés par son talent, vous vous donniez rendez-vous quelques jours plus tard. Cette fois-ci avec lui, il y avait un garçon robuste. Quelques sons sortis. Une évidence, une certitude, la justesse de vos efforts simultanés. Ensemble, vous formiez un groupe.

*

Depuis ce jour-là, eux et toi, êtes devenus inséparables. Vous ne vous quittez plus. Seule la nuit vous rappelle à la raison. Votre jeune âge est encore un obstacle à votre liberté. Mais cela ne vous empêche pas de rêver à votre avenir. Perdus dans cette campagne pittoresque, vous construisez au jour le jour une sorte de plan, un échappatoire pour vous délivrer de cette vie insignifiante. Le quotidien et la routine ne te font pas peur. Tu crées chaque seconde avec eux, les prémisses d'un futur imminent.

*

Quand tu racontes à ta mère tes journées, elle sourit, te regardant délirer. Tes joues rosies par l'excitation et la détermination, lui donne soudain la force de te soutenir. Tu as des projets rocambolesques que de rares personnes connaissent. Toi, ici, dans ce milieu qui semble si différent de toi, tu construis avec tes compères des projets dont personne n'a la foi. Mais eux et toi, vous y croyez. Rien ne vous en empêchera. Tout ou presque vous y poussera.

*

La musique, toujours cette musique qui vous unit. Elle vous lie comme les doigts de vos mains. Jeunes insouciants, elle vous apportera la délivrance tant attendue. La rage de réussir te tient, si jeune et déjà acharné. Bill, le compte à rebours à commencé. Tes heures de gloire ne sont qu'à quelques années. Ferme les yeux, et songes-y.

*

Si la roue tourne Bill, la chance te sourit.


# Posté le lundi 03 décembre 2007 03:08
Modifié le jeudi 06 décembre 2007 12:38